Découvrir le volcan Ijen par ses propres moyens

Après ces mois de voyage nous sommes désormais fascinés par les volcans et l’Indonésie ne manque pas d’éléments pour nous contenter. Nous avions déjà entendu parlé du volcan Ijen lors de notre passage en Nouvelle Zélande, et il est également revenu dans les discussions lors de l’ascension du Rinjani.

Ce volcan situé à l’extrême Est de l’île de Java, voisine de l’île de Bali, a la particularité d’émettre lors de ses éruptions de la lave de couleur bleue. Le reste du temps des flammes bleues sont également visibles. Cela a de quoi intriguer et nous nous sommes donc mis en tête d’aller observer le phénomène.

Il est possible de booker un tour pour découvrir le Kata Ijen, visite généralement associée à celle du Mont Bromo. Mais cette fois nous souhaitions nous débrouiller par nous même.

Revenus de notre séjour sur lîle de Lombok (lire ici), nous revenons à Kuta Bali d’où nous nous envolons dans quelques jours, nous décidons de nous rendre à Ijen en scooter. 180 kilomètres de route nous attendent pour rejoindre la ville de Gilimanuk, où nous prendrons un ferry pour atteindre Ketapang à Java, une quarantaine de kilomètres nous séparera alors du début de l’ascension du volcan.

Le loueur de scooter à notre guesthouse n’était pas du tout chaud pour nous laisser le scooter si nous allions à Java : son argument principal était que la police ne nous laisserai pas prendre le scooter immatriculé à Bali pour conduire à Java. Nous n’étions pas vraiment convaincu par cela et on a décidé de lui monter un bobard pour qu’il nous laisse la bécane. Version officielle : nous conduirons jusque Gilimanuk puis laisserons le scooter à une guesthouse prendrons le ferry à pied, puis louerons un second scooter côté javanais. En l’écrivant maintenant, nous avons du mal à croire qu’il a cru à ce programme.

Quoi qu’il en soit nous voilà parti pour une expédition à l’assaut du volcan Ijen ! 200 kilomètres en scooter sur la journée. Il y a 10 mois nous n’aurions jamais cru que l’on se lancerait dans des trucs comme ça. Désormais l’excitation laisse place à l’appréhension et on prend la route dans les petites rues de Kuta Bali pour rejoindre la Jl. Raya Denpasar Gilimanuk qui nous fera suivre la côté Sud de l’île jusque la ville de Gilimanuk.

On tient le rythme pour atteindre l’embarcadère du ferry. C’est le moment de savoir si le loueur nous a dit la vérité. Immanquablement avec nos gueules d’occidentaux, on ne manque pas au contrôle des messieurs de la Police. Si nous ne sommes pas ravis, eux ont l’air vachement content de nous voir. En présentant nos papiers du scooter, qui se trouvent toujours dans le coffre pour les locations, leur sourire s’élargit jusqu’aux oreilles et nos ennuis commencent. Nous ne disposons que d’une photocopie des papiers, certes joliment plastifiée, mais d’un joli noir et blanc pas du tout officiel. C’est apparemment une infraction très grave, on check vite fait ce que les locaux présentent et ils semblent tous avoir un papier officiel : merde.

Etant donné que le policier est gentil, qu’il est notre ami, et ne nous veut que du bien (c’est ce qu’il nous dit, dans les faits on lui ferai bien manger son insigne à ce filou) il nous indique qu’il faut payer une amende de 100000 roupies Indonésienne (environ 7€) et qu’il nous laissera alors passer et que l’on aura pas de soucis au retour.

On se doute bien que c’est bidon, mais au final ça ne fait pas trop cher la corruption, on paye donc et on file vers l’embarquement du ferry qui nous coûte que 24500 roupies indonésiennes (1,62€).  C’est un vieux machin et l’intérieur nous rappelle les vieux trains SNCF aux sièges en cuir marron qui nous emmenait vers Lille le dimanche à 20h05.
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Nous arrivons en toute fin d’après midi à Banyuwangi,  la dernière ville avant le volcan.

Pour observer le phénomène des flammes bleues, il faut venir la nuit, et comme nous souhaitons aussi voir à quoi ressemble le volcan et les environs à la lueur du jour on se dit qu’il ne serait pas trop mal d’arriver vers 23H pour débuter l’ascension. Pour passer le temps, on se pose sur la plage à observer les scènes de vie de fin de journée. Les pécheurs après avoir ancré leur bateau à une centaine de mètres de la plage, rentrent sur un gros morceau de polystyrène vers le rivage, c’est assez comique de les voir remonter sur cette embarcation qui ressemble à un gros plateau de présentation de fruits de mer.04_bis_monsacestfait_visite-ijen

La nuit tombée, on se dégote un warung sympa où passer quelques heures avant de se mettre en route. Délicieux, et très bon marché, on se rempli l’estomac pour 1 euro.

Vers 22H on décide de se remettre en route doucement vers le volcan, la route va serpenter pendant un temps vers le point de départ, on arrive vers 23H30, il y a quelques échoppes ouvertes et quelques groupes de jeunes qui se réchauffent autour du feu. Il y a même quelques tentes de plantées, on se dit alors que l’on aurait du penser à ce moyen, nous qui sommes partis pour une nuit volcanique blanche.

Nous n’avons pas l’air con devant le guichet quand le garde nous indique qu’il n’est possible de grimper qu’à partir de 01H00. Il va nous falloir glander plus d’une heure et demie dans la nuit froide, du coup pour s’occuper on fait le tour des boutiques : elles vendent surtout des gants et des bonnets et un peu de bouffe. On devait avoir l’air d’avoir froid car un groupe nous propose de nous joindre à leur feu, on ne se fait pas prier. Aucun d’eux ne comprends l’anglais, on reste donc à sourire et à attendre en réchauffant les extrémités. Cela devient un peu bizarre quand l’un fait griller un serpent au dessus du feu, et qu’un autre après avoir pris une photo avec Annie, fait des bisous à son téléphone. On est plutôt soulagé quand deux autres jeunes qui veulent exercer leur anglais élargissent le groupe, ils étudient la programmation dans la ville voisine et rêvent de s’installer à Singapour plus tard.04_monsacestfait_visite-ijen

On reste à discuter avec eux jusqu’à l’ouverture du guichet. Là malgré notre tentative d’infiltration de la population locale, nous sommes rattrapés par nos têtes d’étranger, et nous n’échappons pas au tarif « foreigner » de 100 000 Roupies (6,64€), 20 fois plus que le tarif local. C’est de bonne guerre, on paye et on se lance donc dans l’ascension.

Un peu moins de 2H plus tard nous sommes au bord du cratère, nous avons mis lors de la marche des serviettes autour du visage, certains vents nous apportant une fumée incommodante. Au bord du cratère on voit tout au fond les fameuses flammes bleues, nos compagnons un peu intimidés ne souhaitent pas descendre dans le cratère.

Nous louons pour notre part à un mec deux masques à gaz qui protégeront nos petits poumons des méchantes fumées. (2 masques à Gaz : 4€, la respiration : ça n’a pas de prix). Cela nous donne un style d’aventurier impeccable qui n’est pas pour nous déplaire.05_monsacestfait_visite-ijen

Il nous faudra encore une bonne demi-heure de descente pour arriver à proximité des flammes. Là on se bat un peu avec nos réglages amateurs de nos appareils pour essayer de capturer l’instant, ce n’est pas brillant mais cela vous donne un aperçu. Pour parachever le décor : imaginez le bruleur de gaz de votre gazinière en format king king size, le bruit du gaz qui brûle avec parfois des flammes plus importantes qui rugissent, une odeur de souffre très présente, un sol jaune, les yeux qui piquent, et malgré les masques une sensation de picotement dans les voies respiratoires.06_monsacestfait_visite-ijen

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On est bluffé par ce phénomène qui nous semble surnaturel, et l’on s’assoie dans un coin pour l’observer. Très mauvaise idée, tu comprendras pourquoi plus tard.

La nuit touche à sa fin et c’est alors que la plupart des touristes des tours arrivent dans une procession de lampes frontales. On est contents d’avoir pu découvrir plus tôt le lieu encore tranquille.09_monsacestfait_visite-ijen

Un second aspect rend ce volcan exceptionnel : des hommes s’affairent autour de la nature active : ce sont les travailleurs du volcan. Tous les jours des mineurs collectent le soufre émis par le volcan et canalisé par une sorte de système de tuyauterie. Armés de pics, ils cassent de gros blocs de soufre, qu’ils emmèneront par la suite jusqu’au pied du volcan dans des paniers en osier reliés par des bambous. L’ensemble pèse environ 90 Kilogrammes portés sur l’épaule. Ils travaillent sans masques et sans gants dans cet univers hostile. Boulot de fou.10_monsacestfait_visite-ijen

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En récupérant directement le soufre liquide, ils moulent des sculptures qu’ils proposeront aux touristes lors de leur rude ascension hors du cratère.

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Avec l’arrivée du jour, on se rend alors compte du cadre où l’on se trouve, sur la pente du volcan la « tuyauterie » est entourée de couleurs jaunes/orangées et à côté se trouve un lac qui occupe tout le bas du cratère. Il s’agirait du lac le plus acide au monde, ça tombe bien nous n’avions pas emmené nos maillots de bain.
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On remonte sur la crête du cratère pour d’autres points de vue sur le volcan, on se rend alors compte que le pantalon d’Annie est tout troué, il a été bouffé par le souffre sur lequel nous nous étions assis sans prendre garde. C’est les fesses bien ventilées que se poursuivra l’aventure.22_monsacestfait_visite-ijen

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Dans la descente nous discuterons avec un des mineurs qui travaille ici. D’une tête de moins que nous, il nous impressionne à dire qu’il porte 90 kilos dans son panier tous les jours depuis 20 ans. C’est un grand fan de Nicolas Hulot, comme beaucoup de monde ici, il faut dire que notre écolo national a réalisé dans le cadre d’Ushuaia un reportage sur les travailleurs du volcan. Cette médiatisation eut un réel impact sur le tourisme, donnant un gros coup de pouce financier aux mineurs qui deviennent des guides de choix.23_monsacestfait_visite-ijen

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On reprend ensuite la route vers Bali, en faisant un nouvel arrêt au resto qui nous avait tant plus hier soir. Bien fatigué de toute cette route, de l’ascension et de la nuit blanche, on piquera un peu du nez sur la table du restaurant.

En reprenant le ferry on est soulagé de ne pas voir de policiers, et la traversée durera le temps d’une bonne sieste. Sauf que c’est du côté de Bali que nos amis des forces de l’ordre nous attendent. Nous ne manquons pas au contrôle, et rebelote ils veulent nous faire raquer 100 000 pour ce problème de papier. Annie s’énervera un peu sur le mec, et failli mettre à l’épreuve ses leçons de karaté de sa jeunesse : nous éviterons finalement le bain de sang en nous acquittant d’une amende marchandée à 50 000 roupies. Oui on peut également marchander cette amende décidemment très officielle.25-bis_monsacestfait_visite-ijen

Pour couper un peu le rythme de la route, nous faisons une halte au temple Pura Rambut Siwi, qui ne méritait pas vraiment autant d’attention.25_monsacestfait_visite-ijen

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Puis l’on se pose pour la nuit à Medewi, et douze heures ininterrompues de sommeil plus tard, nous parcourons la plage animée par les pécheurs et les apprentis surfeurs.31_monsacestfait_visite-ijen

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Nous rentrerons le troisième jour à Kuta Bali, et si notre guesthouse nous a bien gardé nos sacs, ils n’ont pas compris qu’il nous fallait aussi une chambre, on passera donc un long moment à sillonner la ville à la recherche d’une chambre pas trop chère pour finalement s’installer à 100m du lieu de départ. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer.

Demain s’achève notre visa indonésien que nous optimiserons au maximum en prenant un vol à 23H15 pour une nouvelle destination asiatique, bien différente de cette expérience indonésienne.

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